Expositions passées

SENS ESSENTIELS
dates : du 5 au 28 mars 2010 chaque WE et jours fériés de 14 à 18 h.


Retour au sens premier de l’esthétique : art de percevoir par les sens. Il n’y aurait donc d’esthétique que ce qui est perçu par les sens (la vue, l’ouïe, le toucher…). Michel Tournier précise dans son dictionnaire étymologique à l’usage des esprits curieux, intitulé Le Pied de la lettre : L’abstrait, le mental, l’idéal ne peuvent avoir de valeur esthétique, si ce n’est métaphoriquement.


Chez Debatty, l’abstraction n’est qu’apparente, en surface. Elle montre en réalité, à sa manière, la « vérité physique », sur laquelle le poète Eluard aimait écrire le mot « liberté ». Liberté entière de saisir le paysage à même la toile, de retrouver, intacte, la terre fervente, sauvage ou remuée, palpitante entre les lisières des saisons et les horizons du jour. Vue du ciel, comme dans une photographie de Yann Arthus- Bertrand, ou arpentée de près, sillonnée par nos passages et nos attentes, elle est chargée de repères, elle ramène inévitablement à une connaissance, à une émotion familière, à une mémoire riche et fertile. La peinture pour mieux pénétrer le mystère, l’essence, le coeur, l’origine de notre espace de vie. L’art comme racine, semence et sève de la « vraie vie », de la vie vécue et savourée encore dans le souvenir et la re- présentation, la reconnaissance, celle des sens qui renaissent et reconnaissent leur éveil au contact de l’oeuvre. L’oeuvre, pleine et ouverte, pour y entrer, y respirer, s’y poser et réapprendre patiemment le plaisir de prendre à mains nues la pâte du monde.


De figurative, la pratique de Burvenich se tourne à sa guise vers l’abstrait, démarche inverse, si elle se veut au plus pur du paysage, à son vif, à ses arêtes de force, à l’unisson de sa grâce simple, presque immatérielle. Toute l’habileté de l’artiste consiste ici à éviter l’attrait de la ressemblance en faisant littéralement abstraction de l’accessoire, du pittoresque, en fixant passionnément son geste sur le dévoilement de la lumière intérieure, sur ce qui habite au bout du visible, sur ce qui éclaire le paysage dans l’ombre de la main, le corps dans le désir rayonnant du regard. Rien de trop, le dépouillement au service de cette même « vérité physique », essentielle, que célébrait le poète. A mains tendres, Burvenich pétrit les courbes de la peau comme les plis d’un champ au printemps, le champ couchant comme une épaule offerte à la fenêtre.


Splendeur douce de la nudité, noces subtiles de la sobriété et de la louange amoureuse. Peinture de femme fascinée par les formes reconnaissantes qu’elle met au monde.


Prendre la terre à témoin d’une attention intense à toutes les tournures que peut déployer l’expression. Prendre la terre comme texte, comme manifeste de « vérité physique » pour traduire une recherche, une volonté de livrer au jour un art de l’ardeur, de la liberté, du bonheur de créer en dehors des références et des livres du savoir. Et pourtant… La céramique de Withofs, toute tournée vers le défi, la surprise, l’inexploré, la rareté, le non-art même provocant, est à voir, elle aussi, au-delà de l’ abstraction faite des formes convenues, comme un acte de fidélité aux figures des Anciens, aux usages et aux héritages fabuleux des mains de maîtres. Etonnamment personnelle et partageant en même temps, autour d’un foyer commun, la foi des artisans de l’ailleurs et du temps retrouvé. Pour donner un sens essentiel aux matières qu’elle voudrait éternelles, aux terres mystérieuses du monde.


Michel Ducobu