Expositions passées

Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini ?

Qui ne se pose pas encore la fameuse phrase de Pascal ?
Elle hante nos jours, nos nuits, le blanc de nos nuits, comme un songe lancinant, un cauchemar familier. Que sommes-nous dans l'immensité du cosmos ? Rien, un petit pois, une mouche, un microbe insignifiant…
Et par rapport à ce microbe, à l'infiniment petit sous nos pieds ? Un menhir aveugle, un monstre d'ignorance, en dépit de toutes nos expériences de la division de l'atome, jusqu'à l'invisible, au virtuel, au vide qui ne sera jamais absolu ? Et entre les deux infinis ? L'infiniment complexe que nous sommes ! Notre organisme, notre cerveau, nos pensées incessantes, notre inconscient insondable, nos folies, nos fantasmes, nos illusions… Et la somme incroyable de nos découvertes ! Ce réseau fabuleux de transmissions, de communications, de réalisations qui ont rendu notre univers, notre planète formidablement praticable et si compliquée et périlleuse en même temps.
Que sommes-nous dans ce désordre, ce chaos, cette poussière d'étoiles ? Dans ce gigantesque chaudron, grouillant, pollué, irrespirable bientôt ? Un homme, un être humain dans l'infini ? Une foule d'êtres humains égarés dans le monde ? Combien de solitudes dans ces masses, de couples qui s'étreignent passionnément pour ne pas se perdre ? Combien d'âmes mourantes se jettent dans le noir de l'inconnu pour échapper à la perte de sens ?

Que répondent nos artistes à toutes ces questions essentielles qui nous brûlent les yeux et martèlent nos tempes ?
Duminil peint l'infiniment grand, le décor, le théâtre aérien avec une aisance qui nous sidère. Il plane dans les étoiles, il accompagne les comètes, il gravit avec légèreté les voies lactées. Il y de l'oiseau, de l'ange, de l'aile chez cet homme-là, de l'apesanteur sur ses toiles célestes…Transcendantes…
Un homme dans l'infini qui se balance au bout d'un fil… Et puis un couple, un cortège de joyeux funambules qui veulent oublier, en s'aimant dans toutes les positions, qu'ils sont lourds et mortels… Les sculptures d' Urbain démentent la peur, le vertige, l'angoisse existentielle. Je danse donc je suis… Je suis en toi….Immortel !
Et notre complexité à nous ? Nos labyrinthes ? Nos cavernes tortueuses et nos pièges impitoyables ? L'art nous en libère et ouvre à tous nos secrets qui en deviennent des œuvres admirables. Des tissages, des tapisseries somptueuses, des robes, des murs, des tapis de gloire, des couvertures d'amour… Deboever jette sur nos misères des couleurs et des reflets d'éternité…

Texte: Michel Ducobu


Photographies : Benoit Mehaignoul