Expositions passées

ESSENCES / EXISTENCES…

Le Dimanche 20 mai de 14h00 à 19h00, Grande fête de la DIGNITE avec la collaboration de la Fondation FOLON.


Geert DEVOS
A voir les tableaux de Devos , on pense inévitablement au fameux roman de Robert Musil, " L'Homme sans qualités "… En voilà devant nous, ternes et poreux, lourds et neutres, qui n'ont pas l'air d'en avoir beaucoup, de ces qualités, vertus et mérites que l'on exige impérativement des hommes d'action d'aujourd'hui ! Mais détrompez-vous ! Vous n'assistez pas à un défilé de mous, de vaincus de l'existence, de paumés, de réfugiés métaphysiques… S'ils ont le teint poussiéreux, la mine défaite et l'œil oblique et timide, il n'en demeure pas moins que ce sont nos contemporains. Ils sont des nôtres, ils nous ressemblent sous leur vêtement de cendres et leur démarche incertaine. S'ils nous regardent de travers, c'est qu'ils n'osent peut-être pas nous montrer en face que nous partageons la même condition humaine, le même destin, la même fragilité. Oui, nous sommes du même convoi, ne nous en déplaise. Riches devant peut-être, sûrs de nous en apparence mais tout aussi dépouillés, hésitants, quant à notre sort, quant à nos forces, nos capacités d'être. C'est là que le peintre nous attend : au tournant où nous chancellerons un jour, du côté du gouffre, du vide, du mystère éternel. Tous nous implorerons alors une réponse, un signe, un mot immense de Godot. Mais pour l'heure, nous sommes toujours sans nouvelles, ainsi que l' écrivait le poète Jean Mogin, nous sommes sans nouvelles, sans nouvelles qui sauvent, sans nouvelles pour vivre, sans nouvelles d'amour…

Certes, l'artiste est allé chercher ces étranges visages fermés et hostiles du côté de nos frères handicapés. Mais comment ces derniers nous voient-ils, eux ? Peut-être de la même façon… Avec nos mines satisfaites, hautaines, dédaigneuses, vides de générosité et de compassion, nous ne devons pas être beaux à suivre…

Peinture-miroir. Entre le blanc idéal et le noir éteint et désespéré traînent tous les petits gris de la vie et de l'humanité…

Giovanni GELMI
Arabesque d'acier, encens sculptural, clé de sol chorégraphique, une composition de Gelmi surprend chaque fois autant par son audace formelle que par son déséquilibre savamment étudié. Au moindre toucher elle s'anime et chante dans l'espace qui épouse sa musique comme l'air accueille les feuilles vagabondes ou la fumée d'un feu fantasque et bavard. Chez Gelmi le geste est essentiellement sonore et invite à la danse, à la parade, à la séduction des hanches et des chevilles. Paré d'un vernis lumineux, le fer se féminise et se raffine, resplendit, virevolte et devient flamme, fontaine, couple, ballerine, nœud, serpentin, lettre et rime d'amour… Précieuse, baroque, maniériste, italienne jusqu'à la pointe de ses ailes, une envolée d'une telle finesse rivalise avec les plus aériennes élégances des jardins transalpins…



Essences des styles et des manières / Existences des matières et des chairs.

Yvette PINTIAUX
Céramiste animée d'un sens aigu de la rigueur, Pintiaux aborde son travail comme un rite, un retour aux pratiques ancestrales du potier. Polissage de la terre, cuisson et enfumage se font dans l'attention et la ferveur, l'attente et la prudence, tant les fumées peuvent être violentes parfois ou même hostiles. Les objets qui refroidissent ensuite à l'air libre présentent des formes rudes et s'ornent de teintes sombres et sévères, élémentaires et riches à la fois d'une maturation profonde. Boites, pyramides, boules, étranges reliefs s'offrent en toute liberté au regard, à la main qui les caresse, les écoute et les envie d'être si pleins, si lourds de matière et de mystère. Nous ne sommes plus dans l'utilitaire de l'artisan qui entourait sa case de vases familiers. Devant nous, sur la terre brûlée, brillent sobrement les pièces d'un culte hautement naturel, portées par des anses de bois noirci au même feu créateur.

Texte: Michel Ducobu


Photographies : Benoit Mehaignoul