Expositions passées

Monsieur André Sprumont,

Comment êtes-vous venu à la peinture ?
Par le dessin. J'ai toujours aimé dessiner. Des portraits d'abord, puis des paysages.
Votre formation ?
J'ai suivi des cours d'architecture. Mon père lui-même était architecte.
Les influences ? Vos artistes références ?
Rembrandt, Cézanne, de Staël, Bacon…Vinci, bien entendu !
Votre évolution personnelle : du figuratif vers l'abstrait ?
Du paysage réel vers le paysage imaginaire.
Votre définition de l'abstrait ?
L'émotion pure. Une autre figuration. L'élimination de l'anecdotique. En arriver à l'abstraction poétique…

Votre peinture transmet-elle un message, ou simplement une vision du monde, un sentiment ? Ou rien d'autre que ce qu'elle montre ?
Une émotion, certainement. La recréer. Tout est intuitif, au départ. L'émotion vient en travaillant.
Etes-vous d'accord avec cette réflexion du philosophe Fabrice Midal ?
" La modernité repose sur ce double mouvement : elle cultive une abstraction extrême - elle nous fait abandonner toutes les anecdotes, récits, démonstrations, usages sociaux de l'art - et elle développe une attention à la matérialité la plus précise. " (Comprendre l'art moderne).
Tout à fait. C'est ce que je pense aussi. Toucher la matérialité.
Vos couleurs préférées ? Retrouve-t-on chez vous le " sfumato " mosan, la brume mélancolique des villages gris de Jean Tousseul ?
Le gris, très présent, la couleur terre, le blanc, autour du nœud, d'un point d'articulation, de fusion. Un peu comme une tache, ou un morceau de marbre à regarder, à interroger, à transformer.
Si vous deviez qualifier vous-même votre peinture ?
Unique.
Unique, dans quel sens ?
Unique.
Votre travail d'artiste vous aide à vivre sûrement. Vous rend-il heureux ?
Parfois. Quand la toile n'est pas trop difficile à terminer… Quand ça se passe spontanément…
Si un seul musée au monde abritait une de vos toiles, lequel choisiriez-vous ? Et quelle toile ?
Un ? Non, tous ! Un seul, ce serait avec ma dernière toile.
On assiste aujourd'hui à un retour du figuratif, de la peinture narrative. Qu'en pensez-vous ?
Dommage. Le figuratif est plein de contraintes.
Vous avez une devise, un livre de chevet, un gri-gri ?
J'ai toujours un livre dans mon lit. J'ai beaucoup lu Henri Van Lier et son " Art de l'espace "… Un gri-gri ? Ma femme !
Y a-t-il quelqu'un aujourd'hui que vous aimeriez rencontrer, que vous admirez ?
J'aurais aimé connaître Cézanne. Parmi mes contemporains, l'astrophysicien Hubert Reeves.
Vous sentez-vous wallon, belge, européen, citoyen du monde ou pour jus d'Andenne ?
Wallon. Belge aussi.
Si vous étiez exilé pour des raisons, disons esthétiques, quelle terre d'accueil vous choisiriez ?
Un pays très tourné vers l'art. L'Autriche, par exemple.
Le mot de la fin ?
Lisez ceci. Je l'ai écrit pour vous : La peinture est un lieu magique où se rassemblent les hommes, des hommes unis dans le rêve, là où l'inconnu n'existe que pour mieux fuir le chaos du monde. Refuge dans l'étrange, dans le haut des cimes, face à la solitude qui n'appartient qu'à nous-mêmes. L'artiste donne à voir, puis se retranche au-delà du silence. Je crois à la peinture, la vraie, celle qui véhicule l'émotion plutôt que l'idée. Je crois à l'intuition de l'âme, au vécu artistique et à tout ce qui trouble nos angoisses.

Propos recueillis par Michel Ducobu.

Balastra, mars 2012.