Les Artistes de l'expo en cours
Les Artistes permanents de Balastra
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Les artistes
de l'expo en cours
EVERS Cynthia
IGYARTO Magda
KESSELER Philippe
MAGNEE Fabrice
ROUSSEAU Vincent

PASTURE Eric

Loin des cénacles et de l’agitation médiatique, Eric Pasture peint surtout pour lui-même et ses proches et pour ceux qui lui accordent le retour d’un regard attentif. Œuvres encore en devenir, elles se distribuent en 2 voies (voix), 2 expressions distinctes. Une voie réservée à l’abstraction matiériste et une voie dévolue à la figuration distanciée L’une rend un hommage lointain à Bram Bogaert dans la générosité de la pâte colorée, mais aussi à Rothko dans la méditation profonde sur une seule couleur vibrante. L’autre salue au passage Francis Bacon dans le rapport un peu torturé au modèle vivant. Même s’il n’y a aucune honte à revisiter des modèles admirés, - toute l’histoire de l’Art atteste de ces regards croisés sur les chefs d’œuvre - force est de constater que comparaison n’est pas raison. Dans l’approche non figurative d’Eric Pasture, se mesure son goût physique, quasi artisanal pour une matière, une pâte onctueuse, étalée, peignée, lissée, rendue soyeuse comme une tunique, ou triturée, canalisée, étalée par la spatule qui la contraint, la ramène en aplats, abandonnant au passage des lèvres humides ou des ourlets délicats. Avec cette seule couleur majeure, riche toutes les autres, l’artiste mène et raconte son monde, fait d’élans et de retenues, d’ombres et de clarté, de pulsions et de repos. Quand la lumière externe affleure ces champs de peinture, elle se difracte en d’infinies nuances jamais lassées de nos regards. Mais le travail de l’artiste ne se cantonne pas à cette monochromie aux relents de lave rougeoyante : il s’invente aussi d’autres supports graineux, scintillants, rugueux, synonymes de terre profonde, d’échantillons de cosmos. Ramenés en synthèse sur l’écran de son œuvre, ces fenêtres ocres, noires ou lactescentes témoignent de l’univers tout entier. Eric Pasture s’autorise aujourd’hui une abstraction plus ludique faite de jets, de coulées, de projections instantanée, à l’instar d’un J. Pollock sans complexe. La part figurative de son art est résolument réservée au corps féminin, à la Femme entrevue comme une créature à peindre, un prétexte à créer, plus encore qu’un modèle à reproduire fidèlement. Pas plus que de réalisme ne peut-on parler de tentatives de séduction. C’est l’acte de peindre qui prime, l’appréhension sans concession d’un corps réinventé en de nouvelles carnations, cerné en d’autres lignes expressives parfois cruelles. Cette approche « baconnienne » du corps pour audacieuse et peu flatteuse qu’elle puisse paraître atteste d’une volonté de marquer sa liberté du peintre, liberté dans les tons crus, les poses inconfortables l’espace oblique du tableau. Liberté ou caprice d’un peintre qui refuse la facilité pour oser l’aventure et le vertige de la recréation. Louis Richardeau