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Les artistes
de l'expo en cours
EVERS Cynthia
IGYARTO Magda
KESSELER Philippe
MAGNEE Fabrice
ROUSSEAU Vincent

Mathy Michel

EN TOUTE LIBERTE

La nouvelle exposition de Michel Mathy étonne par sa vigoureuse franchise. Celle des couleurs qui explosent sur toute la toile, qui crèvent l’écran noir quelques fois ou qui se chevauchent fougueusement ; celle des formes et des contours agités qui ne nient jamais leur origine puisée dans les vibrations de la mer et des puissants horizons du midi ou du crépuscule ; celle enfin d’une filiation, d’une reconnaissance.
On sait que notre artiste a découvert, à ses débuts, qu’il travaillait sans le savoir sur les terres de Nicolas de Staël. Ebloui par cette nouvelle qu’on pourrait qualifier d’extravagante, il a assumé loyalement cet héritage chanceux qui lui est tombé du ciel et poursuit témérairement dans cette voie royale : le paysage avant toute chose, tout en le brisant et le reconstruisant avec une volupté violente qui laisse sur l’œuvre de vastes entrechoquements multicolores et des envolées exubérantes, sans jamais choisir de la sorte entre figuration et abstraction.
Peu importe la catégorie : l’une et l’autre se confondent dans d’ardentes épousailles chromatiques qui mêlent le milieu marin et les parfums rouges ou jaunes de l’éblouissement que l’observateur hume, les yeux grand fermés et rêveurs. Aucun ordre, aucune règle, aucun plan même ne prévaut sinon la force abrupte du désir et la seule nécessité de le serrer jusqu’à l’éclatement, de le garder le plus originel, le plus tumultueux possible entre les digues fragiles du tableau. Et quand l’obscurité refait surface et se couche voluptueusement sur la panoplie des couleurs, l’artiste fait confiance à la main invisible de la nuit qui rappelle au bercail ses marées haletantes et couvre le silence de la toile d’une constellation d’éclats nacrés, de cris d’oiseaux nyctalopes, d’étoiles étincelantes comme les pièces d’un puzzle géant imaginé par un enfant prodige.
S’il y a un secret, un trésor à trouver dans cette mine d’explosions à ciel ouvert, ce magma passionné, il est à la portée de l’œil tout simplement, nulle part ailleurs enfoui dans une théorie ou un concept obscur et indéchiffrable. Mathy se glisse dans les vagues du vertige et du hasard comme un fauve des profondeurs qui aurait échoué et survécu par miracle sur la mosaïque scintillante de la grève. Laissons-nous aller à ses côtés à la belle humeur du marcheur de mer qui a le privilège de vagabonder le long de ces grands filets de lumières peuplés de bateaux bariolés et de chants de sirènes cajoleuses. L’heure est à la fête des nouveaux « fauvistes » de l’informel vivant. Le temps des libres conquérants de la peinture aventurière est revenu. Saluons leur surprenante simplicité !
Michel Ducobu