Les Artistes de l'expo en cours
Les Artistes permanents de Balastra
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Les artistes
de l'expo en cours
EVERS Cynthia
IGYARTO Magda
KESSELER Philippe
MAGNEE Fabrice
ROUSSEAU Vincent

IGYARTO Magda

1. Née d’une mère polonaise et d’un père hongrois , émigrés en Wallonie juste avant la deuxième guerre mondiale, j’ai suivi le chemin tracé par l’éducation nationale des gardiennes, aux primaires pour terminer par des humanités gréco-latines. Mais très tôt, les professeurs de dessin ont remarqué que j’avais un don qui m’a d’ailleurs motivée pour entreprendre, en même temps que mes études, une formation de céramiste à l’école technique d’Hornu, antenne de l’Académie des Beaux-Arts de Mons. J’ai terminé un cycle de cours du soir de trois ans à 18 ans, avec le premier prix, pour une sculpture émaillée. Mes professeurs, notamment monsieur Destrebecq , m’ont encouragée à poursuivre des études artistiques et , une fois mon diplôme d’humanités en poche, je me suis inscrite à l’Académie de Bruxelles en section peinture. J’ai réussi l’examen d’entrée, mais après trois mois, j’ai dû interrompre ce qui me tenait à cœur vu le désarroi de mes parents par rapport à ces études artistiques. Ceci pour dire que la peinture, la sculpture, le dessin ont toujours été bien présents , même lorsque j’ai changé d’orientation et suivi les études en philologie romane, puis pendant les années d’enseignement où j’ai continué à peindre et à exposer.
2. En fait, j’ai commencé très tôt à peindre et à dessiner au fusain des portraits, des nus. Au moment de mon divorce, vers 1985, j’ai basculé du figuratif à une peinture plus abstraite. Ce fut ma période dans les galaxies, les étoiles, puis je suis redescendue progressivement sur terre pour m’inspirer, comme tu le dis si bien, des éléments : l’air, l’eau , le feu… A partir de 2004,j’éprouve le besoin et la joie d’inclure dans ma peinture toutes sortes de matières avec les graviers, le sable, les noyaux d’olive, le carton, le papier, le plastic, la sciure…Tout en peignant l’élément « eau « pendant près de 12 ans ( j’ai plus de cent toiles sur ce thème) , je sentais m’enraciner davantage dans l’élément « terre » non en peignant des paysages , mais en m’inspirant de ses formes symboliques . Tout récemment, j’en suis venue à exploiter les trésors que la terre donne aux peintres, à savoir les pigments, que je travaille de plus en plus purs, sans liants. J’accepte donc tout à fait la classification d’abstraction géométrique aujourd’hui.
3. Pour la plupart des gens, y compris peintres, critiques et historiens d’art, l’œuvre doit se suffire à elle-même et ne nécessite pas d’être commentée puisqu’une fois terminée, elle continue à vivre son existence propre au travers du regard co-créateur des spectateurs. Chacune de mes toiles porte un titre, effectivement, parce qu’elle naît souvent d’une méditation pendant laquelle la toile naît visuellement . Se pose ensuite à moi les défis pour la traduire telle que je l’ai vue et le titre est là, qui rappelle la genèse de l’œuvre. En agissant ainsi, j’oriente- peut-être - la réaction du spectateur, mais rien ne l’empêche de regarder l’œuvre librement et de se l’approprier comme il en a envie…En tout cas, cela suscite pas mal de questions lors de vernissages !
4. Les sculptures sont en terre, en grès, cuites à plus de 1200 degrés , ensuite, patinées, façon bronze, mais aujourd’hui, le plus souvent, laissées telles quelles. Depuis le départ, je ne sculpte que des corps, que des êtres qui s’aiment, qui s’entraident. Reviennent en boucle la maternité, la passion amoureuse, la solidarité…Ce n’est donc pas un virage vers le figuratif, c’est la continuité d’une thématique figurative depuis le départ.
5. J’ai dessiné des portraits au fusain et au pastel pour une exposition en 2013 organisée à Marseille à l’Hôtel de la Région sur la thématique de la femme. J’y lisais des poèmes extraits de « Cris de femmes » un recueil que j’ai écrit sur la violence faite aux femmes et j’y exposais des portraits déchirés, puis reconstitués, en même temps que des regards en grand format. La passion du portrait reste en moi , je m’en suis parfois détachée, mais il se peut effectivement que j’y revienne dans les mois à venir…Je ne suis aucune mode, aucun courant. Je suis attentive à répondre à ce qui s’impose à moi afin d’être la plus vraie, la plus authentique possible.
6. Il est difficile d’avoir plusieurs cordes à son arc sans apparaître comme dilettante ou touche-à-tout, amateure ou superficielle dans l’une ou l’autre orientation . Lorsque j’ai peint pendant plusieurs mois de façon intensive, je me sens vidée, comme si l’inspiration s’était épuisée. Je sais qu’il est alors temps pour moi d’écrire. Puis l’inspiration tarit et je me réfugie dans la sculpture qui, par les gestes lents, répétés, concentrés, me ressource en profondeur en laissant vagabonder mon imaginaire. Nous voulons toujours étiqueter, diviser. Je revendique d’être un tout où se féconde une activité par l’autre et réciproquement. Il n’y a donc pas une activité principale et d’autres subalternes, mais des activités créatrices indispensables dans mon cheminement .
7. Je pense que le terme « passionnée » me convient parfaitement. Je ne sais si je suis originale, je refuse d’être touche-à-tout ou boulimique puisque je puis aussi être méditative…et je ne suis pas une insatisfaite, puisque, tout au contraire, j’accepte ce qui vient à moi du mieux que je le peux…
8. Je n’ai pas de devise, mais la phrase dite par mon fils François-Michael me convient tout à fait : « Vivre, c’est aimer et aimer, c’est vivre », d’ailleurs concrétisée par une toile …
9. Ma foi ? Je suis une indécrottable optimiste et malgré tout ce que j’entends et vois, je reste confiante en l’homme, en l’humanité. Les medias distillent trop tout ce qui fait peur, tout ce qui fait mal, mais le monde serait depuis longtemps un désert si l’amour, l’amitié, la solidarité, la générosité, le respect de l’autre et de sa liberté n’existeraient pas. Suite à ce qui vient de se passer à Paris, mes propos peuvent être mal interprétés : l’amour, l’amitié, ce n’est pas « tout le monde, il est bon, tout le monde , il est gentil ». Les parents, par amour, doivent être capables de corriger et de punir quand des valeurs essentielles telles le respect sont bafouées. Nos gouvernants doivent aussi veiller à ce que les valeurs essentielles de notre démocratie soient respectées et « corriger. » ceux qui les bafouent.
10. Ma vision du monde ? Après avoir vécu en quelques mois de terribles deuils, après avoir ressenti combien les êtres chers –absents- restaient présents dans ma vie, je pense que nous sommes sur terre pour essayer de potentialiser nos qualités et atténuer autant que possible nos points faibles, ceci afin que toute l’humanité progresse. Nous sommes tous co-responsables de ce qui est. Nous devons apprendre à balayer devant notre porte, à mieux nous connaître personnellement, car c’est avec le fameux « connais-toi toi-même » que nous pouvons mieux comprendre l’autre. Et si , en plus, notre regard se charge d’amour et de compréhension vis-à-vis de l’autre qui nous est différent, étranger, nous pouvons réellement espérer « des lendemains qui chantent ».
Magda Igyarto, novembre 2015